Fragmentation et inflation réglementaire : le droit douanier et du commerce international s’insère au cœur des enjeux géopolitiques

Les crises successives que connaît le commerce international depuis quelques années ont remodelé les chaînes d’approvisionnement. Placée au second plan des préoccupations des entreprises depuis l’essor de la mondialisation libérale issue des accords de Marrakech de 1994, la maîtrise du risque douanier s’impose comme un élément différenciant et d’accroissement de compétitivité. Avec ceci se cumulent les risques inhérents au contrôle des autorités.

L’essoufflement du multilatéralisme : La paralysie de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), accompagnée par la montée des tensions géopolitiques, a ouvert la voie vers une fragmentation du commerce international. Cela s’illustre par  l’utilisation croissante des mesures tarifaires et non tarifaires unilatérales et régionales comme arme économique dans un but politique et géostratégique. 

Les effets de la fragmentation du commerce international sur les chaînes d’approvisionnement : La multiplication démesurée des mesures de politique commerciale (droits de douane, droits additionnels, quotas, préférence tarifaires) et de coercition économique (tel que les  mesures de sécurité et sanctions économiques et les politiques de contrôle des exportations), en tant qu’instrument juridique pour assurer l’influence et la puissance des Etats, entraîne une « balkanisation des chaînes d’approvisionnement mondiales » impliquant la division des chaînes en blocs régionaux ou nationaux. A cet effet, l’optimisation des chaînes d’approvisionnement ne suit plus une logique financière mais une logique politique. Au sein de cette dernière, les phénomènes de « friendshoring » et de « reshoring » traduisent le besoin de stabilité et prévisibilité des entreprises dans la définition de leur schéma d’approvisionnement et chaînes de production. Désormais, la prise en compte par les entreprises des affrontements stratégiques entre Etats, jusqu’aux composants et technologies employés est l’une des clefs pour cumuler avantage tarifaire et conformité.  

La nécessité de la maîtrise de la conformité comme moyen de défense des entreprises : Ainsi, les entreprises, plus que jamais, doivent s’assurer une maîtrise de la conformité, renommée trade compliance, non plus dans une finalité opérationnelle, mais en tant que ressource de sécurité juridique et de compétitivité. La trade compliance est notamment une condition d’accès au marché européen en raison de l’intégration dans la politique commerciale de l’Union européenne des objectifs économiques, environnementaux et sociaux. L’intégration de ces impératifs illustre bien l’utilisation de  la politique commerciale comme un levier d’influence géopolitique auquel les entreprises doivent s’adapter. Dans ce contexte, la fonction Trade/Douane ne doit plus être considérée comme un poids économique et financier mais comme un outil de performance et stratégique, levier de compétitivité, des groupes et entreprises.

La conformité, auparavant déclarative et documentaire, se transforme en une conformité probatoire, fondée sur la donnée. La chaîne d’information se complexifie. L’entreprise doit être en mesure de maîtriser les données douanières ainsi que celles liées au commerce (trade-concerned) ou indirectement associées (trade-related), dans un contexte de déploiement des systèmes informatiques interopérables cumulés au renforcement des capacités d’audit automatisé des administrations. La maîtrise de l’information implique, par ricochet, la maîtrise de la présomption. Ainsi, le rôle de la fonction trade compliance est un outil stratégique, moyen de défense pour la viabilité économique des entreprises et d’accroissement de sa compétitivité.

Le détail de l’analyse de notre équipe Fendler Salva Partners est accessible dans l’édition de La Semaine juridique – Entreprise & Affaires, n° 51-52, 18 décembre 2025,disponible via ce lien.

MACF (CBAM) : publication du premier prix des certificats – quelles implications concrètes pour les importateurs ?

La Commission européenne a publié, le 7 avril 2026, le premier prix de référence des certificats MACF (CBAM) applicable au premier trimestre 2026, fixé à 75,36 €/tCO₂. Cette publication marque une étape clé dans la montée en puissance du mécanisme, en offrant enfin un signal prix officiel. Elle permet aux opérateurs d’anticiper dès à présent leur exposition carbone et d’adapter leurs stratégies d’importation.

Industrial Accelerator Act : l’affirmation d’une stratégie industrielle européenne

Le projet d’Industrial Accelerator Act (ou IAA) de la Commission européenne marque un tournant de sa politique économique, en introduisant des mécanismes favorisant le « Made in EU » et une exigence nouvelle de contenu européen.

La responsabilité personnelle des dirigeants en cas de violation des sanctions internationales

Si la conformité aux sanctions internationales est un enjeu primordial pour les entreprises, elle l’est tout autant pour les dirigeants. En effet, la violation des sanctions internationales étant une infraction d’ordre pénale, les personnes physiques peuvent être poursuivies à titre personnel au même titre que les personnes morales. Si le cadre exclusivement professionnel ne permet pas aux personnes physiques de s’exonérer de leur responsabilité, les délégations de pouvoir peuvent, sous certaines conditions, permettre de la limiter.